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Sling Therapeutics lève 123 M$ pour le seul comprimé en lice contre l'orbitopathie dysthyroïdienne

Forbion mène une série C de 123 millions de dollars dans une société d'Ann Arbor qui développe le linsitinib, une molécule reprise à Astellas, contre l'orbitopathie dysthyroïdienne. Deux traitements sont autorisés aux États-Unis, le Tepezza d'Amgen et le Lumvoa de Viridian, et au moins trois autres sont en développement tardif. Tous sont des anticorps, qui se perfusent ou se piquent. Le linsitinib est le seul traitement oral en lice, et c'est tout le pari de ce tour.

This article is written in French. The record card, the daily log and the fund pages are available in English.

Company
Sling Therapeutics
Country
United States
Sector
Biotech
Amount
123 M$
Stage
Series C
Round announced on
16 September 2026
Article published on
17 September 2026

Ce qui a été annoncé

Sling Therapeutics, installée à Ann Arbor dans le Michigan, a annoncé le 16 septembre 2026, par un communiqué diffusé sur Business Wire, la clôture d'une série C de 123 millions de dollars.

Forbion mène le tour. TPG Life Sciences Innovations, déjà au capital, suit. Sectoral Asset Management entre. Aucun des trois n'a publié le montant qu'il apporte. Ryan Zeidan dirige la société.

Le même jour, un second communiqué annonce que les premiers patients ont reçu leur traitement dans l'essai de phase 3 ORBIT. C'est cet essai que le tour finance.

Depuis sa création en 2022, Sling a levé environ 200 millions de dollars, chiffre rapporté par BioPharma Dive. Deux tours seulement ont fait l'objet d'un communiqué, la série A de 35 millions en 2022 et cette série C de 123 millions. Le reste n'est pas documenté publiquement.

Ce que fait la société

L'orbitopathie dysthyroïdienne est une maladie auto-immune rare. Le système immunitaire attaque les tissus situés derrière l'oeil, ces tissus gonflent, et l'oeil est poussé vers l'avant. C'est ce qu'on appelle l'exophtalmie. Le communiqué de Sling décrit une maladie évolutive qui peut menacer la vue, et qui accompagne souvent la maladie de Basedow. Il l'estime à plus de 200 000 personnes aux États-Unis, chiffre de la société et non d'une source épidémiologique indépendante.

La cible biologique est connue et validée : le récepteur IGF-1R. Le bloquer fait refluer l'oeil dans son orbite.

Sling développe le linsitinib, un inhibiteur de ce récepteur. Deux différences avec les traitements autorisés, qui sont des anticorps injectés. C'est une petite molécule, et elle s'avale : deux prises de 150 milligrammes par jour, par la bouche.

D'où vient la molécule

Le linsitinib n'a pas été inventé pour les yeux. Il vient d'Astellas Pharma, qui l'a développé comme anticancéreux, et Sling l'a pris sous licence en 2022, en même temps qu'elle annonçait sa série A de 35 millions de dollars, menée par The Rise Fund de TPG.

Ce passé a une valeur concrète. Le communiqué de 2022 comptait plus de 800 patients déjà exposés à la molécule dans des essais d'oncologie. Celui de janvier 2025 en compte plus de 900, sur quinze essais cliniques. Quand une société reprend une molécule abandonnée par un laboratoire, elle n'achète pas seulement une formule, elle achète un dossier de tolérance déjà constitué.

Les chiffres de l'essai

L'essai LIDS, référencé NCT05276063, était une étude de phase 2b/3 randomisée en double insu contre placebo. Quatre-vingt-dix patients répartis en trois groupes, linsitinib 150 mg deux fois par jour, linsitinib 75 mg deux fois par jour, placebo, pendant vingt-quatre semaines. Le communiqué annonce trente-cinq centres dans cinq pays ; le registre en recense trente.

Le critère principal était le taux de répondeurs sur l'exophtalmie à la semaine 24, c'est à dire la proportion de patients dont l'oeil recule d'au moins deux millimètres.

Le résultat de 52 %, avec un p à 0,01, porte sur le seul bras à 150 mg deux fois par jour. Ce n'est pas le résultat de l'essai, c'est celui du groupe qui a reçu la dose retenue pour la suite. Le communiqué ne publie pas le résultat du bras à 75 mg. C'est la dose de 150 mg qui passe en phase 3.

Sur la tolérance, le communiqué de janvier 2025 met en avant l'absence de trouble de l'audition lié au traitement et l'absence de perturbation du cycle menstruel à la dose retenue, deux effets attendus de l'inhibition d'IGF-1R et documentés sur le Tepezza. Les effets indésirables courants rapportés sont des diarrhées, des maux de tête, des nausées et de la fatigue. Des élévations d'enzymes hépatiques sont survenues, décrites comme résolutives et sans atteinte d'organe.

L'essai qui décide

ORBIT, référencé NCT07753603, a démarré début août 2026 et recrute. Environ 130 participants au total, répartis à parts égales entre linsitinib 150 mg deux fois par jour et placebo, pendant vingt-quatre semaines. Environ soixante-cinq patients recevront donc le produit.

Le critère principal est le même que celui de LIDS : la proportion de patients dont l'oeil recule d'au moins deux millimètres à la semaine 24, sans aggravation de l'autre oeil. Les critères secondaires comprennent le recul moyen de l'exophtalmie, le taux de réponse global, le score d'activité clinique et un questionnaire de qualité de vie.

La molécule a reçu la désignation Fast Track de la FDA, et Sling écrit avoir tenu sa réunion de fin de phase 2 avec l'agence. Les premières données sont attendues pour le milieu de l'année 2028.

Le marché, et ce qui s'y joue vraiment

C'est le point qui rend l'opération lisible, et il ne tient pas en deux acteurs.

Le Tepezza, teprotumumab, a été autorisé en 2020. Il appartient à Amgen, qui l'a récupéré en rachetant Horizon Therapeutics en 2023. Il se donne en huit perfusions intraveineuses, une toutes les trois semaines. Depuis avril 2023, son indication couvre la maladie quelle que soit son activité ou son ancienneté. Il a rapporté 1,85 milliard de dollars en 2024 et 1,90 milliard en 2025, soit une croissance de 3 % sur l'année.

Le 26 juin 2026, la FDA a autorisé le Lumvoa, veligrotug, de Viridian Therapeutics. Même cible, IGF-1R. Même étendue d'indication. Cinq perfusions au lieu de huit, sur douze semaines au lieu de vingt et une. Le seul écart tient au protocole.

Derrière, la file d'attente est longue, et elle est presque entièrement sous-cutanée.

Amgen a annoncé en avril 2026 une phase 3 positive pour une version sous-cutanée du Tepezza, administrée par un injecteur porté, douze injections à quinze jours d'intervalle.

Viridian a annoncé le 30 mars 2026 une phase 3 positive pour l'elegrobart, sous-cutané lui aussi, avec un dépôt auprès de la FDA prévu au premier trimestre 2027. Son schéma le plus espacé tient en trois injections sur les vingt-quatre semaines de l'étude.

Alumis, qui a repris le programme d'ACELYRIN par fusion, mène le lonigutamab, encore un anti IGF-1R sous-cutané, dans deux essais de phase 3 nommés LONGITUDE, avec des premières données annoncées pour le second semestre 2026.

Et une molécule sort du lot par sa cible : l'Enspryng de Roche, satralizumab, qui bloque le récepteur de l'interleukine 6 et non IGF-1R. Il est en revue prioritaire à la FDA, avec une décision attendue le 15 octobre 2026, soit dans un mois. Roche le présente dans le titre même de son communiqué comme le premier traitement de la maladie administrable en injection sous-cutanée à domicile.

Le tableau est donc celui ci. Une indication rare, un récepteur unique que presque tout le monde vise, et une seule variable de différenciation restante : ce qu'il faut infliger au patient. La science ne départage plus, le protocole si.

C'est dans cette course que la série C de Sling prend son sens. Le comprimé en est le point d'arrivée, et Sling est le seul à l'avoir atteint : le linsitinib est le seul traitement oral en développement avancé de cette maladie, parce qu'il est le seul à ne pas être un anticorps. C'est aussi lui qui arrive le dernier.

La comparaison des taux, et ses limites

Les chiffres publics, tels qu'ils ont été annoncés, chacun dans son propre essai :

  • Tepezza, essai OPTIC, 83 % de répondeurs à la semaine 24 contre 10 % sous placebo, soit 34 patients sur 41.
  • Tepezza sous-cutané, phase 3 d'avril 2026, 76,7 % de répondeurs à la semaine 24 contre 19,6 % sous placebo.
  • Lumvoa, essai THRIVE dans la forme active, 70 % de répondeurs à la semaine 15 contre 5 % sous placebo.
  • Elegrobart, essai REVEAL-1, 63 % de répondeurs à la semaine 24 avec trois injections espacées de huit semaines, 54 % avec le schéma toutes les quatre semaines, contre 18 % sous placebo.
  • Satralizumab, essai SatraGO-2, 53 % de répondeurs à la semaine 24 contre 23 % sous placebo.
  • Linsitinib, essai LIDS, bras 150 mg, 52 % de répondeurs à la semaine 24.

Ces chiffres ne se comparent pas. Les essais sont différents, conduits à des années d'écart, sur des populations qui ne sont pas appariées, et les délais de mesure ne coïncident pas. Aucun essai face à face entre ces produits n'a été publié. Personne ne peut affirmer sur cette base que le linsitinib est moins efficace de tant de points.

Ce qu'on peut dire, en revanche, c'est que le linsitinib affiche le taux le plus bas de cette liste, et que Sling ne plaide pas l'efficacité supérieure. Son argumentaire public porte sur le mode d'administration.

Et c'est là que le raisonnement se complique. L'elegrobart de Viridian revendique trois injections sous-cutanées sur six mois. Le linsitinib demande deux comprimés par jour sur la même durée. Avaler n'est pas piquer, et beaucoup de patients préféreront le comprimé ; mais l'idée qu'un traitement oral serait par construction le moins contraignant de tous ne tient pas toute seule. Elle se démontre, et elle n'est pas démontrée.

Le cas du satralizumab est plus net encore. Il affiche 53 % de répondeurs, soit un point de plus que le linsitinib, il s'injecte à domicile, et la FDA rend sa décision le 15 octobre 2026. Sling livrera ses données vingt mois plus tard.

Ce qu'il faut garder en tête

L'essai décisif commence à peine. Les premiers patients d'ORBIT viennent d'être traités et les données ne sont pas attendues avant le milieu de 2028. Tout ce qui précède repose sur un essai de 90 patients, dont une trentaine dans le bras retenu.

Le taux de 52 % est un résultat de phase 2b/3 sur un bras, pas une homologation. Il a atteint son critère principal avec une signification statistique, ce qui justifie le passage en phase 3. Il ne dit rien de ce que fera la molécule sur les soixante-cinq patients traités d'ORBIT.

Le sort du bras à 75 mg n'est pas public. Le communiqué de janvier 2025 annonce que le critère principal est atteint à la dose de 150 mg, et c'est cette dose qui passe en phase 3. Il ne publie pas le taux de réponse du bras à 75 mg, et aucune source ne le donne.

Le marché a changé pendant le développement, et il continue. Quand Sling a pris la licence en 2022, un seul produit était autorisé. Ils sont deux aujourd'hui. Quand l'essai ORBIT livrera ses données, au milieu de 2028, le décompte le plus prudent en donne cinq ou six, dont au moins trois sous-cutanés, et un qui vise une autre cible. Ce n'est pas une prévision de marché, c'est la lecture des calendriers réglementaires déjà publiés.

Le Tepezza n'est pas une franchise en déclin. Sa croissance de 3 % en 2025 avait de quoi faire croire à un plateau, mais au deuxième trimestre 2026 il progresse de 14 % sur un an, à 576 millions de dollars, moitié prix moitié volume. L'arrivée d'un concurrent n'a pas encore entamé les ventes.

Le chef de file est européen. Forbion, l'un des plus gros investisseurs européens en sciences de la vie, mène une série C américaine de phase 3. Ce n'est ni rare ni remarquable en soi, mais c'est le genre de tour que les fonds spécialisés arbitrent sur le profil de risque réglementaire plutôt que sur la découverte.

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