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sci2sci lève 1,2 M€ en pre-seed
Une plateforme berlinoise de gouvernance des données pour la biotech et la pharma, qui vend moins l'intelligence artificielle que la preuve de ce qu'elle avance, au moment où la FDA écrit ce qu'elle attend d'un modèle.
This article is written in French. The record card, the daily log and the fund pages are available in English.
- Company
- sci2sci
- Country
- Germany
- Sector
- Health software
- Amount
- 1,2 M€
- Stage
- Early stage
- Round announced on
- 8 September 2026
- Article published on
- 8 September 2026
sci2sci est une société berlinoise qui édite du logiciel de gouvernance des données pour la biotech et la pharma. Elle a été fondée par Angelina Lesnikova, neuroscientifique dont les travaux ont porté sur la neuroplasticité, la mémoire et la biologie cellulaire virale, et par Valerii Kremnev, ingénieur venu des infrastructures financières, où il a construit des plateformes de trading. La société annonce le 8 septembre 2026 un tour de 1,2 M€ en pre-seed.
Le problème
Le désordre documentaire d'un laboratoire n'a rien d'exotique, et c'est précisément ce qui le rend coûteux. Une même étude vit simultanément dans des PDF, des tableurs, des cahiers de laboratoire électroniques et des systèmes d'information qui ne communiquent pas entre eux. La société décrit cette dispersion comme la réalité ordinaire des données en sciences du vivant.
Cette dispersion devient un problème d'une autre nature dès qu'un modèle d'intelligence artificielle est branché dessus. Le modèle produit une conclusion, une synthèse, un tableau récapitulatif, et il n'existe plus de chemin praticable pour remonter de cette sortie jusqu'à la donnée qui la fonde. La conclusion peut être juste, elle peut être fausse, et rien dans l'organisation du système ne permet de trancher à un coût raisonnable.
Les deux produits
VectorCat est présenté par la société comme une équipe de gouvernance des données à la demande. Techniquement, c'est une couche d'intégration qui construit un catalogue interrogeable au dessus de stockages dispersés, cloud, disques réseau et systèmes de laboratoire, sans exiger que les données sous jacentes soient déplacées. C'est une contrainte importante dans un environnement réglementé, où migrer une donnée signifie souvent revalider la chaîne qui la produit.
Integrity Cortex est la seconde brique, décrite par la société comme une couche de mémoire neurosymbolique pour l'entreprise. Elle relie documents, données et sorties de modèles dans un réseau structuré, rattache chaque affirmation à sa source, et vérifie les citations et les conclusions. La société annonce un journal d'audit complet et une vérification déterministe, et qualifie l'ensemble de compatible avec le 21 CFR Part 11, la règle de la FDA sur les enregistrements et signatures électroniques.
Le pari
Le pari de ce tour est réglementaire avant d'être technique.
Le 7 janvier 2025, la FDA a mis en consultation un projet de recommandation sur l'usage de l'intelligence artificielle à l'appui des décisions réglementaires concernant les médicaments et les produits biologiques. Le texte propose un cadre d'évaluation de la crédibilité fondé sur le risque, en sept étapes : définir la question réglementaire à laquelle le modèle répond, définir son contexte d'usage, évaluer le risque du modèle, bâtir un plan d'évaluation proportionné à ce risque, l'exécuter, en documenter les résultats. Le cadre couvre les phases non cliniques, cliniques, de post commercialisation et de fabrication.
Ce texte porte la mention explicite qu'il ne contient que des recommandations non contraignantes, et il est toujours à l'état de projet. Sa portée n'en est pas moins nette : ce qu'il déplace, c'est la charge de la preuve. Il ne demande pas à un industriel de renoncer à l'intelligence artificielle, il lui recommande de pouvoir documenter pourquoi la sortie d'un modèle mérite d'être crue dans un usage donné. Une société qui vend la traçabilité de bout en bout vend exactement l'objet que cette attente rend nécessaire.
Le second appui est plus ancien et plus dur : le 21 CFR Part 11 encadre depuis longtemps les enregistrements électroniques dans les industries régulées par la FDA, et impose des journaux d'audit. sci2sci s'y réfère explicitement, et c'est une affirmation de la société, pas une certification constatée par un tiers.
Le tour de table
Le tour est co-mené par Heliad et IBB Ventures, avec la participation de Robin Capital et de Superangels.
IBB Ventures est le bras de capital risque de l'Investitionsbank Berlin, la banque publique d'investissement du Land de Berlin. Il investit en amorçage et en série A, prend des participations minoritaires, et compte les sciences du vivant parmi ses secteurs déclarés. Ses véhicules sont financés par l'IBB et par le Fonds européen de développement régional. Il s'agit donc d'une prise de participation, pas d'une dotation publique.
Heliad est un investisseur coté à Francfort, de structure evergreen, c'est à dire sans durée de vie de fonds. Sa thèse affichée porte sur les sociétés technologiques à partir de la série B, et il accède aux tours précoces depuis l'intégration de Collective Ventures en juillet 2024. Voir un tel véhicule co-mener un pre-seed de 1,2 M€ est le fait notable de ce tour de table.
Les montants
1,2 M€, et aucun tour antérieur n'a été annoncé par la société. Les fonds doivent financer le recrutement de l'équipe d'ingénierie, l'approfondissement des déploiements existants et l'élargissement de la clientèle biopharma. La société indique travailler déjà avec des clients en recherche préclinique, en recherche clinique sous contrat et en opérations de bioprocédés. Elle annonce également vouloir étendre Integrity Cortex à d'autres industries régulées, la banque en premier lieu.
C'est le point de vigilance de ce dossier. Un outil de conformité qui vise simultanément la pharma et la banque adresse deux marchés dont les exigences documentaires ne se recouvrent pas, et 1,2 M€ financent une équipe, pas deux.