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Magnitude Biosciences lève 1,3 M£ pour cribler des médicaments sur un ver plutôt que sur des cellules

Northstar Ventures mène un tour de 1,3 million de livres dans un spinout de l'université de Durham qui teste les molécules sur un ver d'un millimètre, C. elegans, au lieu de les tester sur des cellules isolées. L'un des trois véhicules du tour est un fonds lancé il y a trois mois par les cinq universités de la région, dont Durham. La validation publiée de la technologie est réelle, elle est aussi cosignée par la société.

This article is written in French. The record card, the daily log and the fund pages are available in English.

Company
Magnitude Biosciences
Country
United Kingdom
Sector
Biotech
Amount
1,3 M£
Stage
Undisclosed
Round announced on
15 September 2026
Article published on
15 September 2026

Ce qui a été annoncé

Magnitude Biosciences a annoncé le 15 septembre 2026 un tour de 1,3 million de livres, soit environ 1,5 million d'euros. Northstar Ventures le mène, par trois véhicules distincts : le North East Spinout Inspire Fund, le North East Innovation Fund et le Northstar EIS Growth Fund. Les fonds régionaux gérés par Maven Capital Partners y participent, ainsi que de nouveaux investisseurs providentiels.

Une précision s'impose avant tout le reste, et elle porte sur la solidité de ce qui précède. Ni la société ni Northstar Ventures n'ont publié de communiqué sur ce tour. Nous avons vérifié les deux salles de presse, ainsi que celles du North East Fund et de Business Durham : rien. Les montants, la composition du syndicat et la subvention ne reposent donc que sur deux articles de presse, Bdaily et EU-Startups, qui reprennent le même dossier de presse. Ils concordent, et Bdaily cite nommément Will Cousins, chargé d'investissement chez Northstar, ce qui vaut parole d'investisseur. Cela reste une source secondaire, et notre hiérarchie de sources veut qu'on le dise plutôt qu'on l'oublie. Tout ce qui suit sur le tour lui même est à lire sous cette réserve. Le reste de cet article, la technologie, la publication scientifique et l'historique de financement, s'appuie sur des documents de l'émetteur ou sur des sources primaires.

L'émetteur n'annonce aucune lettre. Ce n'est ni un seed ni une série A déclarés, et nous n'en déduisons pas une : le stade n'est pas divulgué.

Le tour débloque en outre une subvention de 217 000 livres au titre du dispositif Investor Partnership d'Innovate UK, qui abonde un investissement privé par de l'argent public. Cette subvention ne dilue personne et ne fait pas partie du tour. Nous la citons séparément pour cette raison : additionner les deux donnerait 1,5 million de livres levés, ce qui serait faux.

La société avait levé plus de 700 000 livres en mai 2025, dans un tour mené par NPIF II Maven Equity Finance avec le Finance Durham Fund et Northstar, déjà actionnaire.

Sur le cumul levé, la presse écrit que l'opération porte le total « à plus de 2 millions de livres ». Le document de l'émetteur dit autre chose, et il prime. En novembre 2022, la société annonçait elle même clôturer son quatrième tour : 500 000 livres apportées par le North East (ERDF) Innovation Fund, géré par Northstar, et par Saker Capital, auxquelles s'ajoutait la conversion de 250 000 livres de prêts antérieurs venant du Future Fund gouvernemental, de Saker et de Northstar. Le seul capital documenté publiquement atteint donc environ 2,75 millions de livres, sans compter les trois premiers tours, dont les montants n'ont jamais été publiés. « Plus de 2 millions » n'est pas faux, c'est un plancher que le chiffre réel dépasse largement.

Ce que la société vend

Magnitude Biosciences est née en 2018 à Durham, dans le nord est de l'Angleterre. C'est un spinout de l'université de Durham, fondé par une équipe de spécialistes du ver C. elegans et de l'imagerie automatisée. Le professeur David Weinkove, du département de biosciences de l'université, en est cofondateur et directeur scientifique ; Chris Saunter est directeur technique, et Fozia Saleem a pris la direction générale en octobre 2022.

Son métier est celui d'un prestataire d'essais, un CRO au sens du secteur. Elle ne développe aucun médicament. Elle vend un service à ceux qui en développent : tester des molécules, et rendre des données.

Le produit sur lequel le tour porte s'appelle VivoScan. La société le décrit comme la première plateforme de criblage phénotypique sur organisme entier fonctionnant à l'échelle du criblage haut débit, et elle en affiche le prix, à partir d'un dollar par composé, pour des résultats en quelques semaines. Ce prix est l'argument commercial central, et il se comprend dans la comparaison qui suit.

Pourquoi un ver

Le criblage précoce se fait presque toujours sur des cellules en culture. C'est rapide et peu cher, et cela ne dit rien de ce qu'une molécule devient dans un organisme, ni de ce qu'elle abîme ailleurs que sur sa cible. Le criblage sur rongeur, lui, dit ces choses, mais il coûte cher, il est lent et il est encadré réglementairement.

C. elegans se place entre les deux. Le ver mesure moins d'un millimètre, il est transparent, et il possède des muscles, un intestin, un épiderme, un système nerveux et un appareil reproducteur. Il partage avec l'humain les grandes voies de signalisation qui règlent le vieillissement. Sa durée de vie moyenne est de trois semaines en culture liquide, et le déclin fonctionnel commence dès la première semaine de l'âge adulte. Autrement dit : on peut regarder un organisme entier vieillir en quelques semaines, pas en deux ans.

Techniquement, VivoScan cultive les vers en milieu liquide, les distribue dans des micro-plaques, et suit en continu leur survie et leur mobilité par vidéo grand champ rapide. Le logiciel mesure le mouvement. C'est cette mesure du mouvement, et non la seule date de mort, qui constitue le signal.

La preuve, et qui l'a produite

La technologie a une validation publiée, ce qui n'est pas si fréquent dans les outils de laboratoire.

L'article est paru dans GeroScience en avril 2024. Il décrit la technologie WormGazer, l'ancêtre sur boîte de Petri de la plateforme actuelle, et il démontre deux choses. La première est un gain de temps mesuré : sept jours d'imagerie suffisent à établir l'effet dose dépendant du sulfaméthoxazole sur le ralentissement du vieillissement, là où l'expérience de durée de vie conduite en parallèle en demande quarante. La seconde est plus fine et plus intéressante : le mutant age-1(hx546), connu pour vivre plus longtemps, reste actif plus longtemps, mais il se déplace plus lentement au début de l'âge adulte. Une mesure de durée de vie seule aurait conclu au bénéfice sans voir le coût.

Il faut lire la signature, et la lire en entier. Les cinq auteurs portent l'affiliation Magnitude Biosciences Limited, et la déclaration d'intérêts de l'article précise que Chris Saunter et David Weinkove en sont actionnaires et dirigeants. Ce n'est pas une étude indépendante, c'est une publication de l'équipe qui vend l'instrument. L'article est relu par les pairs et ses limites sont écrites par ses auteurs, ce qui vaut mieux qu'une plaquette. Il n'établit pas pour autant la valeur prédictive de la plateforme pour l'humain, et il ne le prétend pas.

Deux limites du modèle, à ne pas escamoter. Le ver n'a ni cœur, ni poumons, ni système immunitaire adaptatif, donc des pans entiers de la pharmacologie lui échappent. Et l'ambition affichée par la directrice générale, devenir « la première société à proposer une plateforme capable de cribler des millions de composés dans un organisme entier », reste une ambition : rien de public ne démontre aujourd'hui ce passage à l'échelle.

Un signe de traction existe cependant. En février 2026, la société a annoncé une collaboration avec BioAscent Discovery pour profiler sur VivoScan une chimiothèque annotée de 1 600 composés, couvrant inhibiteurs de kinases, ligands de récepteurs couplés aux protéines G et modulateurs épigénétiques. Un client qui met sa propre bibliothèque de référence sur la plateforme en dit plus long qu'une déclaration de capacité.

Ce que l'opération dit du marché

Le chiffre qui structure ce marché est connu et il est mauvais. Neuf candidats médicaments sur dix entrés en essai clinique échouent avant l'approbation. La répartition des causes, telle que la recense la revue Acta Pharmaceutica Sinica B, tient en deux lignes : absence d'efficacité clinique dans 40 à 50 % des échecs, toxicité ingérable dans 30 % des échecs. Le référent compte, et il est souvent mal cité : ces parts se rapportent aux molécules qui échouent, pas à celles qui entrent en essai. Ces deux causes sont précisément celles qu'un criblage sur cellules isolées voit mal, et celles qu'un organisme entier voit, même un organisme aussi éloigné de l'humain qu'un nématode.

D'où une thèse d'investissement qui n'est pas celle d'une biotech. On ne finance pas ici une molécule, on finance l'instrument qui doit départager les molécules des autres. EU-Startups recense sept financements européens voisins en 2026, pour environ 21,6 millions d'euros au total, sur des plateformes qui visent toutes le même point : rendre la phase préclinique plus prédictive. Les tickets y sont petits, le nombre d'opérations ne l'est pas.

Reste le montage, qui mérite d'être nommé pour ce qu'il est. Le North East Spinout Inspire Fund a été lancé le 11 juin 2026, il y a trois mois. Il pèse 22,5 millions de livres, dont 10 millions de la North East Mayoral Strategic Authority et 12,5 millions apportés par cinq universités, Durham, Newcastle, Northumbria, Sunderland et Teesside. Il vise au moins trente spinouts en cinq ans, et Northstar Ventures en a la gestion.

Magnitude Biosciences est un spinout de Durham. Durham est l'une des cinq universités qui ont capitalisé le fonds. L'université finance donc, par un véhicule géré par un tiers, la commercialisation de sa propre recherche. Ce n'est ni un scandale ni une singularité, c'est le modèle que le Royaume Uni assume ouvertement depuis la revue gouvernementale sur les spinouts, et c'est aussi ce qui explique qu'un tour d'un million trois cent mille livres mobilise trois véhicules et une subvention publique plutôt qu'un seul chèque.

C'est la contrepartie honnête de la thèse. Sans cet échafaudage régional et universitaire, une plateforme d'outils précliniques à ce stade, dans le nord est de l'Angleterre, ne lèverait probablement pas. La question que les prochains tours trancheront est de savoir si le capital risque non subventionné suit, ou si le modèle s'arrête à la frontière du comté.

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