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CONNECTA Therapeutics lève 3,1 M€ pour finir un essai que Novartis et Roche ont renoncé à mener

Le syndrome de l'X fragile n'a aucun traitement de sa cause, et deux grands laboratoires ont abandonné la maladie après des essais de phase II ratés. Une biotech de Barcelone y revient avec une autre cible et trois millions d'euros. Le registre d'essais montre que la phase IIa en cours mesure d'abord la tolérance, pas l'efficacité.

This article is written in French. The record card, the daily log and the fund pages are available in English.

Company
CONNECTA Therapeutics
Country
Spain
Sector
Biotech
Amount
3,1 M€
Stage
Early stage
Round announced on
10 September 2026
Article published on
11 September 2026

Ce qui a été annoncé

CONNECTA Therapeutics a annoncé le 10 septembre 2026, à 3 heures du matin heure de New York, la clôture d'un financement de 3,1 millions d'euros. Le tour est mené par Clave Capital, par l'intermédiaire de son fonds Innvierte Science Tech Clave Innohealth, F.C.R. Trois actionnaires déjà présents y participent : Inveready, CDTI Innvierte et le Prous Institute for Biomedical Research.

Aucune lettre de série n'est annoncée. Le communiqué parle de « financing », sans autre précision, et rien ne permet de déduire une lettre d'un montant ou d'un historique. La fiche porte donc un stade non divulgué.

L'argent a une destination unique et déclarée : accélérer l'essai clinique de phase IIa de CTH120 chez l'homme adulte atteint du syndrome de l'X fragile.

La maladie, et pourquoi elle est difficile

Le syndrome de l'X fragile survient chez environ un garçon sur 4 000 et une fille sur 8 000, selon MedlinePlus, la base de la National Library of Medicine. Il vient d'une mutation du gène FMR1, qui porte l'instruction de fabrication d'une protéine appelée FMRP. Sans FMRP, le cerveau ne règle plus correctement la fabrication et l'entretien des connexions entre ses neurones, et il en résulte un handicap intellectuel.

Aucun médicament n'en corrige la cause. Le communiqué de la société décrit la maladie comme « rare and currently untreatable », et c'est sa formulation, pas la nôtre.

Ce n'est pas faute d'avoir essayé, et c'est ce qui rend cette opération intéressante. Une commentaire publié en 2022 dans le Journal of Clinical Psychopharmacology, signé de Margaret Grabb, du National Institute of Mental Health, et de William Potter, écrit noir sur blanc que « Novartis and Roche have recently abandoned their FXS R&D programs focused on targeting the glutamatergic metabotropic 5 (mGluR5) receptor », en nommant les deux molécules, l'AFQ056 mavoglurant de Novartis et le RG7090 basimglurant de Roche, et en donnant la raison : des essais de phase II ratés, chez l'adulte comme chez l'adolescent. Pour le seul mavoglurant, le texte décrit deux études contrôlées contre placebo en double aveugle, une chez l'adulte et une chez l'adolescent, à trois doses, sur douze semaines.

Les deux laboratoires visaient la même chose, le récepteur mGluR5. C'est l'échec de cette cible là, et non de la maladie, qui a vidé le champ.

Ce que fait CONNECTA, et par où elle passe

CONNECTA Therapeutics est installée à Barcelone et dirigée par Jordi Fàbrega, cofondateur et directeur général. Elle n'a qu'un produit, CTH120.

Son communiqué du 10 juin 2026 décrit CTH120 comme « a novel small-molecule targeting the tropomyosin receptor kinase B (TrkB), a key regulator of neuroplasticity », et définit la neuroplasticité comme « the brain's ability to form and adapt neural connections ». TrkB est donc le point d'entrée par lequel le neurone reçoit le signal de fabriquer et d'adapter ses connexions, c'est à dire précisément la fonction que l'absence de FMRP dérègle.

L'intérêt de l'opération tient dans ce déplacement : mGluR5 a échoué, TrkB n'a pas été essayé à ce stade dans cette indication. La société qualifie CTH120 de « potential first-in-class disease-modifying treatment », formule de candidat, pas de résultat.

Ce que le registre d'essais dit, et que le communiqué ne dit pas

C'est ici que la lecture du document officiel change la portée de l'annonce.

L'essai porte l'identifiant NCT07654114. Sa fiche publique sur ClinicalTrials.gov donne le protocole exact. L'étude a commencé le 21 mai 2026, elle recrute, et sa fin principale est prévue en mai 2027. Elle est randomisée, en aveugle quadruple, en groupes parallèles. Trente participants sont prévus, tous des hommes de 18 à 45 ans. Quinze reçoivent CTH120 en gélule de 75 mg, matin et soir, quinze reçoivent une gélule placebo identique. La durée va du premier jour au cinquante-sixième.

Les critères de jugement principaux sont des critères de tolérance. La fiche en liste les premiers : les événements indésirables survenus sous traitement, puis les anomalies cliniquement significatives de pression artérielle et de fréquence cardiaque. L'efficacité n'apparaît qu'en critères secondaires.

Cela ne disqualifie rien : une phase IIa de huit semaines sur trente hommes est un essai de tolérance, c'est son objet normal. Mais la formulation du communiqué, où le directeur général annonce que les données de mi 2027 seront « an important step in demonstrating the potential of CTH120 », laisse au lecteur pressé l'impression d'un essai d'efficacité. Le protocole dit autre chose, il est public, et il suffit de l'ouvrir.

Le communiqué de juin mentionne par ailleurs des données de phase I qualifiées d'« encouraging » et de « positive », sous l'identifiant NCT06480968, sans publier le moindre chiffre. La société dit, elle ne montre pas.

Ce que l'opération dit du marché

Trois millions d'euros ne financent pas un programme, ils financent la fin d'un essai. C'est un montant de survie, apporté presque entièrement par des acteurs déjà au capital, avec un nouvel entrant qui mène, Clave Capital, à travers un véhicule public-privé espagnol.

C'est la forme que prend aujourd'hui le financement d'une maladie rare dont deux des plus grands laboratoires du monde se sont retirés. Le pari n'est pas que CTH120 marchera. Le pari est que la question mérite d'être reposée, et que trente hommes pendant huit semaines suffiront à savoir si on peut continuer.

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