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RegCell lève 44 M$ pour retourner les cellules qui attaquent, onze mois après le Nobel de son cofondateur
Playground Global mène une série A de 44 millions de dollars dans une société née au Japon des travaux de Shimon Sakaguchi, prix Nobel de médecine 2025, et installée depuis à Emeryville en Californie. Le communiqué titre 66 millions : les 22 qui manquent sont une seconde subvention de l'agence publique japonaise AMED, qui ne se verse qu'aux sociétés dans lesquelles un fonds de capital risque agréé investit. Le tour doit porter le premier dossier d'essai clinique, annoncé pour 2025 dans le communiqué précédent.
- Société
- RegCell
- Pays
- États-Unis
- Secteur
- Biotech
- Montant
- 44 M$
- Stade
- Série A
- Opération annoncée le
- 15 septembre 2026
- Article publié le
- 16 septembre 2026
Ce qui a été annoncé
RegCell, Inc., installée à Emeryville en Californie, a annoncé le 15 septembre 2026, par un communiqué diffusé sur Business Wire, la clôture d'une série A entièrement souscrite de 44 millions de dollars.
Playground Global mène. Jory Bell, general partner du fonds, entre au conseil d'administration. Global Brain, Mitsui Chemicals, LG Technology Ventures, Alumni Ventures et Medical Incubator Japan entrent au capital. Fast Track Initiative, The University of Tokyo Edge Capital Partners, Osaka University Venture Capital et Kyoto iCAP, déjà présents, suivent. Michael V. McCullar dirige la société.
Le communiqué annonce un total de 66 millions de dollars. Les 22 millions restants, soit 3,4 milliards de yens, ne sont pas du capital : c'est une seconde subvention de l'Agence japonaise pour la recherche et le développement médical, l'AMED, et elle ne dilue personne.
L'ensemble doit financer le dépôt d'un dossier d'essai clinique, un IND, et porter une seconde indication auto-immune jusqu'à la phase 2 comme preuve de concept.
Ce que fait la société
Les traitements actuels des maladies auto-immunes suppriment la réponse immunitaire dans son ensemble. Ils bloquent des cytokines, empêchent la circulation des cellules immunitaires ou les détruisent. Le communiqué de RegCell rappelle ce que cela coûte au patient : infections graves, toxicité cardiaque, cancers secondaires.
RegCell propose l'inverse d'une suppression. Sa plateforme dite de reprogrammation épigénétique convertit les lymphocytes T responsables de la maladie en lymphocytes T régulateurs stables et spécifiques d'un antigène, c'est à dire en cellules qui rétablissent la tolérance immunitaire au lieu de l'attaquer.
Deux arguments techniques sont avancés par la société. Le premier est que l'approche traite des antigènes inconnus ou multiples, là où les stratégies concurrentes visent une cible unique. Le second est qu'elle ne demande aucune ingénierie génétique, ce qui simplifie la fabrication et, selon la société, améliore la sécurité et l'échelle.
Jory Bell, de Playground Global, cite trois maladies visées dans le communiqué : la myasthénie, la polyarthrite rhumatoïde et la rectocolite hémorragique. La première subvention de l'AMED, en 2024, portait quant à elle sur les maladies auto-immunes du foie.
La biologie, et le Nobel
Les lymphocytes T régulateurs sont les cellules qui empêchent le système immunitaire de s'attaquer à l'organisme qui l'héberge. Shimon Sakaguchi, cofondateur de RegCell, les a identifiés.
Le 6 octobre 2025, l'Assemblée Nobel du Karolinska Institutet lui a décerné le prix Nobel de physiologie ou médecine, partagé avec Mary Brunkow et Fred Ramsdell, pour leurs découvertes concernant la tolérance immunitaire périphérique. Brunkow et Ramsdell avaient montré que des mutations du gène FOXP3 provoquent des maladies auto-immunes graves ; Sakaguchi a ensuite relié les deux travaux en établissant que le développement et la fonction des lymphocytes T régulateurs dépendent de FOXP3.
Le communiqué de l'Assemblée Nobel notait déjà que ces découvertes avaient conduit à des traitements potentiels en cours d'évaluation clinique. Aucun n'est autorisé.
Le calendrier, qui n'a pas tenu
C'est le point que la reprise de dépêche ne donne pas. Le 18 mars 2025, RegCell publiait un communiqué sur PR Newswire pour annoncer 45,8 millions de dollars et le transfert de son siège aux États-Unis. Ce communiqué écrivait que la société comptait lancer un premier essai chez l'homme en 2025, sur une indication auto-immune à antigène spécifique.
Le communiqué du 15 septembre 2026 dit que le financement doit permettre le dépôt du dossier d'essai. Le dossier n'est donc pas déposé. Koji Yasuda, de Fast Track Initiative, écrit dans le même texte qu'il se réjouit d'accompagner la société « alors qu'elle avance vers la clinique ». Dix-huit mois séparent les deux communiqués, et le premier patient n'est toujours pas en vue.
Ce n'est pas un scandale, c'est le tempo normal d'une thérapie cellulaire. C'est en revanche l'information utile pour lire le tour : les 44 millions n'accélèrent pas un programme clinique, ils paient son entrée.
Le montage, et pourquoi il se répète
Le rapprochement des deux communiqués fait apparaître la même construction, deux fois.
En mars 2025, le titre annonçait 45,8 millions de dollars. Le corps du texte précisait que le tour d'amorçage en capital était de 8,5 millions, codirigé par l'UTEC et Fast Track Initiative, et que les 37,3 millions restants étaient une subvention non dilutive de l'AMED.
En septembre 2026, le titre annonce 66 millions de dollars. Le tour en capital est de 44 millions, et les 22 millions restants sont la seconde subvention de l'AMED.
Dans les deux cas, l'argent public représente la plus grosse part du chiffre affiché. Au total, l'AMED a engagé environ 59,3 millions de dollars, soit 9 milliards de yens, quand les deux tours en capital cumulés pèsent 52,5 millions.
La mécanique est décrite par le communiqué lui même. La subvention vient du programme V-ECO de l'AMED, destiné à renforcer l'écosystème japonais des jeunes sociétés pharmaceutiques, et elle est explicitement conditionnée à l'investissement de fonds de capital risque préalablement agréés, qui doivent entrer avant la dotation ou en même temps qu'elle. L'argent public ne précède jamais le privé, il l'accompagne et le multiplie.
C'est ce qui rend l'opération intéressante au delà de son montant. Le Japon finance la traduction clinique d'une science japonaise, dans une société qui a déplacé son siège en Californie tout en gardant ses opérations scientifiques au Japon.
Ce qu'il faut garder en tête
Aucune donnée clinique n'existe. RegCell n'a pas d'essai en cours, pas de dossier déposé, pas de patient traité. Tout ce qui est décrit ci dessus est une plateforme préclinique et une intention.
Le champ des Treg a déjà coûté cher. Abata Therapeutics, société de thérapie par lymphocytes T régulateurs financée par Third Rock Ventures et ElevateBio, avec un programme de phase 1 dans la sclérose en plaques, a fermé en août 2025 faute de financement, deux mois avant que le Nobel ne récompense la biologie sur laquelle elle travaillait. Sonoma Biotherapeutics et GentiBio restent engagés. Aucune thérapie par lymphocytes T régulateurs n'a d'autorisation de mise sur le marché.
Les indications ne sont pas hiérarchisées publiquement. Le communiqué ne dit pas laquelle des quatre maladies citées portera le premier essai, ni à quelle date le dossier sera déposé.
Le chef de file n'est pas un fonds de biotechnologie. Playground Global, fondé en 2015 à Palo Alto, se présente comme un investisseur de technologies profondes, réparties entre calcul, automatisation, transition énergétique et biologie de synthèse. Sa présence ne dit rien de la qualité du dossier, elle dit seulement que l'arbitrage n'a pas été fait par un spécialiste du secteur.