iPremom lève 15 M€ en seed
Un test sanguin qui cherche la prééclampsie dès la neuvième semaine de grossesse, sur le seul créneau où l'aspirine change encore quelque chose, et une performance publiée qui tient sur la forme précoce et pas encore sur la forme tardive.
- Société
- iPremom
- Pays
- Espagne
- Secteur
- Diagnostic
- Montant
- 15 M€
- Stade
- Amorçage
- Publié le
- 2 septembre 2026
iPremom est une société de diagnostic moléculaire installée à Paterna, dans la Communauté valencienne. Créée en 2019, c'est un essaimage de la Fondation Carlos Simón, le centre de recherche en santé reproductive que dirige le professeur du même nom. Elle est cofondée par Carlos Simón, qui en préside le conseil, et par la docteure Tamara Garrido, et dirigée par Guillermo Ferrando Huertas.
Son produit s'appelle MaiRa. C'est un test qui part d'une seule prise de sang chez la femme enceinte et qui y mesure l'ARN libre circulant, le cfRNA, ces fragments d'ARN que les tissus relâchent dans la circulation et qui portent la signature de l'organe dont ils viennent. Des modèles prédictifs traduisent ensuite cette signature en un risque de complication de la grossesse. Le test est déjà proposé en Espagne, par le laboratoire de la société.
La cible
La prééclampsie est une complication de la grossesse qui associe une hypertension et une atteinte d'organe chez la mère, et qui peut imposer un accouchement prématuré. Elle touche 5 à 8 % des grossesses selon les chiffres que la société avance, et elle a la particularité de rester longtemps muette : quand les symptômes apparaissent, le processus est engagé depuis des semaines.
Le mécanisme sur lequel travaillent les fondateurs est la résistance à la décidualisation. La décidualisation est la transformation que subit la muqueuse utérine pour accueillir l'embryon et laisser le placenta s'implanter correctement. Quand elle se fait mal, l'implantation est défectueuse, et cette défaillance laisse une trace dans le sang de la mère bien avant tout symptôme, entre la neuvième et la quatorzième semaine de gestation.
Le pari
Il tient à un décalage entre ce qu'on sait traiter et ce qu'on sait détecter.
Depuis l'essai ASPRE, publié au New England Journal of Medicine le 28 juin 2017, on sait qu'une aspirine à 150 mg par jour, démarrée entre la onzième et la quatorzième semaine de gestation et poursuivie jusqu'à la trente-sixième, réduit de 62 % l'incidence des prééclampsies survenant avant 37 semaines. Deux précisions comptent, parce que ce chiffre circule souvent sans elles. L'essai ne porte pas sur toutes les grossesses, mais sur des femmes déjà classées à haut risque par un dépistage du premier trimestre. Et « avant terme » veut dire accouchement avant 37 semaines, pas prééclampsie sous toutes ses formes. L'intervention est simple, elle est peu chère, et elle a une fenêtre : elle doit commencer au premier trimestre.
Or c'est exactement le créneau que la biologie du sang ne couvre pas. Le seul biomarqueur sanguin autorisé par la FDA sur la prééclampsie est le rapport sFlt-1 sur PlGF, un dosage de deux protéines placentaires, autorisé chez Thermo Fisher le 19 mai 2023 puis chez Roche en février 2025. Son indication est étroite : des femmes déjà hospitalisées pour un trouble hypertensif de la grossesse, entre 23 et 35 semaines de gestation. C'est un outil de triage en fin de grossesse, pas un outil de dépistage au début, et il lit des protéines quand MaiRa lit de l'ARN. Le dépistage du premier trimestre repose aujourd'hui sur l'algorithme de la Fetal Medicine Foundation, qui combine des facteurs maternels, la pression artérielle moyenne, le Doppler des artères utérines et deux protéines sériques.
C'est là que se place iPremom, et c'est ce qui explique qu'un tour d'amorçage atteigne 15 M€ sur un test de dépistage.
Ce que la publication dit, et ce qu'elle ne dit pas
La science qui soutient MaiRa est publiée. Le 20 octobre 2025, Nature Communications a fait paraître un article de Nerea Castillo-Marco, Tamara Garrido-Gómez et leurs coauteurs, tiré d'une cohorte prospective de 9 586 grossesses, la cohorte PREMOM. Les auteurs y comparent les profils d'ARN libre circulant de 42 prééclampsies précoces et 43 prééclampsies tardives à ceux de 131 grossesses normotensives.
Les résultats séparent nettement les deux formes. Sur la prééclampsie précoce, celle qui se déclare avant 34 semaines, le modèle du premier trimestre atteint une aire sous la courbe de 0,88, et 0,87 en validation externe, soit une prédiction jusqu'à 18 semaines avant l'apparition clinique. Sur la prééclampsie tardive, le premier trimestre décroche : 0,68 dans la cohorte de développement, 0,63 en validation externe. Le deuxième trimestre rattrape la forme tardive, à 0,90 puis 0,77 en validation externe, mais le deuxième trimestre est déjà hors de la fenêtre de l'aspirine.
Ce partage est important parce que la forme tardive est de loin la plus fréquente. Sur une cohorte de population publiée à l'American Journal of Obstetrics and Gynecology en 2013, la prééclampsie tardive représente 2,72 % des grossesses contre 0,38 % pour la forme précoce. Autrement dit, le test performe au premier trimestre sur la forme la plus grave et la moins fréquente, et pas encore sur celle qui pèse le plus en nombre de cas. C'est précisément le travail que les 15 M€ doivent financer.
Le tour de table
Amadeus Capital Partners, le fonds britannique de deeptech, mène l'opération. Le barcelonais Asabys Partners, spécialiste santé, co-mène par son véhicule Sabadell Asabys II. L'autrichien APEX Ventures, partenaire déclaré d'Amadeus dans un fonds deeptech commun depuis 2023, complète le tour. Ces trois noms viennent de l'annonce faite par la société elle même. La presse espagnole a écrit « Apax Ventures », qui est une erreur : Apax est une maison de capital investissement britannique et n'a rien à voir avec l'opération.
Sur les financements antérieurs, la société n'a annoncé aucun tour en capital. Ce qui est public, ce sont des aides non dilutives, dont 2,5 M€ obtenus en février 2026 au titre de l'EIC Accelerator de la Commission européenne, et une subvention Ivace+i de 178 904,88 € pour le projet PRETERM, sur la prédiction de la prématurité spontanée, cofinancée par le FEDER. La base nationale espagnole des subventions en recense d'autres, plus anciennes et plus petites, dont 200 000 € d'ICEX en 2022. Une précision qui a son prix : le registre du commerce espagnol montre huit augmentations de capital antérieures et trois classes de parts, donc du capital privé est bien entré avant ce tour, il n'avait simplement jamais fait l'objet d'une annonce.
L'argent va à la validation clinique et au déploiement commercial de MaiRa.
Ce que l'opération dit
Une seed de 15 M€ sur un test de dépistage prénatal signale que des investisseurs deeptech généralistes acceptent de financer une biologie qui n'a pas encore son remboursement, à la seule condition que la fenêtre thérapeutique soit déjà démontrée par quelqu'un d'autre. L'aspirine a fait ce travail en 2017. Ce que le tour achète, c'est le droit d'occuper le créneau qu'elle a ouvert et que personne ne dessert encore.