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TriGemX Bio lève 94 M$ pour arrêter la crise de migraine par une voie nouvelle
Contre la crise de migraine, les médicaments spécifiques visent la sérotonine ou le CGRP, et selon TCGX moins d'un tiers des patients contrôlent bien leurs symptômes. Kallyope, à New York, devient TriGemX Bio et parie sur une autre cible, TRPM8, le capteur du froid des nerfs de la face. Sa levée de 94 M$, co-menée par The Column Group, TCGX et Viking Global Investors, paie deux essais de phase 3.
- Société
- TriGemX Bio
- Pays
- États-Unis
- Secteur
- Biotech
- Montant
- 94 M$
- Série
- Non précisée
- Opération annoncée le
- 1 octobre 2026
- Article publié le
- 1 octobre 2026
Kallyope, biotech new-yorkaise fondée en 2015, a annoncé le 1er octobre 2026 qu'elle devient TriGemX Bio et qu'elle a bouclé une levée de 94 M$. La société garde un seul programme, elismetrep, une capsule contre la crise de migraine, dont elle lance la phase 3.
Une maladie fréquente, des traitements qui ne suffisent pas
La migraine touche environ un milliard de personnes dans le monde, selon la société. Pour arrêter une crise, les médecins disposent des triptans, puis, depuis 2019, de médicaments qui visent le CGRP, une molécule libérée par les nerfs de la face pendant la crise, comme l'ubrogepant ou le rimegepant. Cariad Chester, associé gérant de TCGX, résume l'écart dans le communiqué : moins d'un tiers des patients parviennent à bien contrôler leurs symptômes.
Le pari de TriGemX
Elismetrep bloque TRPM8, un canal présent sur les neurones sensitifs du ganglion trigéminal, le relais des nerfs de la face, d'où le nouveau nom. TRPM8 est le capteur qui réagit au froid et au menthol, décrit en 2002 dans Nature par l'équipe de David Julius. Le choix de la cible vient de la génétique : dès 2011, une vaste étude publiée dans Nature Genetics a relevé une variation proche du gène TRPM8 parmi celles qui sont associées à la migraine. Selon la société, c'est le seul canal de cette famille à porter une telle association, et aucun traitement actuel de la migraine ne vise ce mécanisme.
La molécule n'a pas été inventée par Kallyope : elle a d'abord été développée par Mitsubishi Tanabe sous le nom de MT-8554, testée contre les bouffées de chaleur de la ménopause, selon le registre ClinicalTrials.gov et la base ChEMBL, qui donne MT-8554 comme ancien nom d'elismetrep. Elle a aussi été testée contre les douleurs de la neuropathie diabétique. Les conditions de son passage à Kallyope n'ont pas été rendues publiques.
Ce que montre la phase 2b
L'essai a réparti 431 patients entre un placebo et quatre doses, et 398 ont traité une crise. Le critère principal était l'absence de douleur deux heures après la prise. À la dose de 20 mg, 19,6 % des patients n'avaient plus mal, contre 9,1 % sous placebo, en comptant toutes les données recueillies. Le symptôme le plus gênant, lumière, bruit ou nausée, avait disparu chez 38,3 % des patients, contre 24,2 %. Aucun effet indésirable grave n'a été relevé ; à 20 mg, les plus fréquents étaient des fourmillements dans la bouche et une sensation de chaleur, chacun chez près d'un patient sur dix.
La levée
Les 94 M$ sont co-menés par The Column Group, TCGX et Viking Global Investors. The Column Group est au capital depuis la première levée de 2015 et avait co-mené la série D de 236 M$ en 2022. Kallyope avait levé environ 479 M$ entre 2015 et 2022, à l'époque où elle cherchait des médicaments agissant par l'axe entre l'intestin et le cerveau. Le 18 septembre 2026, Novo Nordisk lui a racheté trois programmes contre l'obésité, sans en publier le prix ; la société se concentre désormais sur la seule migraine, avec un nouveau directeur général, Jeff Goater, et un nouveau directeur financier, Aninda Katragadda.
L'argent paie deux essais de phase 3 et une étude de tolérance d'un an. Le premier essai, NCT07645924, recrute depuis juillet et vise 1 800 patients ; le second, NCT07816367, doit en inclure 1 500. Le premier résultat est attendu mi 2027.
Ce qui reste à prouver
Le résultat de phase 2b est fragile. Mesuré sur le seul journal électronique des patients, comme prévu, l'écart sur l'absence de douleur à deux heures, 17,6 % contre 9,1 %, n'atteint pas le seuil statistique habituel (p = 0,065) ; il le franchit seulement quand on ajoute les autres données, et la société parle alors de valeur nominale. Les deux phases 3, trois à quatre fois plus grandes, devront montrer un effet net sur ce critère, et sur le symptôme le plus gênant, face à des médicaments déjà bien installés.